Plaidoyer pour un autre tourisme
Permettez-moi (zablo) de vous faire partager une lecture sur laquelle je travaille actuellement. Vos réactions me seront précieuses car j’entends bien faire quelques propositions pratiques dans ce domaine et comme il y a toujours mieux dans plusieurs têtes que dans une seule, je vous en remercie d’avance. Il s’agit d’un texte de Roger Nifle, extrait d’un dossier très complet sur le tourisme des valeurs dont vous pouvez télécharger ici l’intégralité.
Extrait :
Le tourisme de consommation joue sur des motivations bien spécifiques : Voir, jouir, profiter… Entièrement construit pour séduire et capter le touriste consommateur, il s’intéresse en priorité à la demande et se préoccupe d’identifier et d’habiller ses ressources selon les normes de cette demande, ses segmentations et ses fluctuations.
évidemment la logique est celle de l’indifférenciation, banalisation de l’offre, adaptation permanente à une “demande” du marché de consommation (de masse en général). Elle est celle aussi de l’indifférence. Il n’y a pas de rencontre véritable entre une communauté territoriale et une clientèle. Les caricatures du “mépris” réciproque foisonnent, signes d’une défiance o?? chacun cherche à profiter de l’autre.
Il est d’ailleurs de plus en plus incertain que des communautés territoriales tirent profit de ce tourisme en terme de bilan, relatif au bien commun (les régions “touristiques” connaissent bien ce problème). Sentiment d’invasion, de non reconnaissance, captation des flux financiers sans bénéfices notables pour la communauté territoriale, nuisances et charges lourdes sont très vite au bilan dés que l’on s’en préoccupe.
Le clinquant de ce type de tourisme lié à la logique de consommation de masse tente d’autres territoires. Ils se demandent alors comment attirer ces clientèles pour en tirer les bénéfices sans les inconvénients. C’est un enjeu souvent perdu d’avance. D’autres plus visités se demandent comment optimiser les profits en diminuant les charges et les inconvénients. Est-ce un bon calcul ? En fait c’est toute la logique du tourisme de consommation qui est en question du moins au niveau territorial.
En effet le Sens du bien commun qui doit présider aux politiques et projets territoriaux, y compris touristiques, ne peut établir essentiellement ses relations avec l’extérieur sur un simple rapport “d’exploitation réciproque”. Le tourisme de consommation ne devrait être qu’accessoire pour la communauté territoriale. Il peut être le fait d’organisations lucratives qui ont d’autres objectifs.
C’est pour cela qu’il faut envisager pour les territoires un tourisme de participation. Il existe déjà bien évidemment mais il faut lui donner des bases conceptuelles et méthodologiques nouvelles. Elles sont très différentes de celles du tourisme de consommation.
Les motivations principales sont maintenant :
Vivre (plutôt que simplement voir). Il faut donc donner à vivre des moments significatifs.
S’enrichir, c’est-à -dire s’enrichir humainement parlant, de la fréquentation d’une culture différente. Cet enrichissement suppose que la culture d’accueil se mette en valeur et pour cela se connaisse, se caractérise et “cultive” ses propres richesses et ce sur tous les plans qui sont les siens.
Partager, la rencontre de valeurs autres crée des relations d’affinité et donc de respect et de reconnaissance mutuelle entre la communauté d’accueil et ceux qui la fréquentent (on peut parler alors de fréquentation plus que de passage ou de consommation). Dés lors le partage de valeurs, du Sens du bien commun engage les parties dans des relations, des activités, des projets communs.
Le tourisme est le vecteur qui permet d’établir des “concourances” avec d’autres lieux, d’autres personnes, d’autres territoires, d’autres cultures. Sa “clientèle” c’est tous ceux qui apprécient les valeurs propres de la culture d’accueil (pas l’anonyme et le banalisé que l’on vient exploiter ; consommation du bien public). Son offre c’est la présentation des valeurs propres de la communauté territoriale au travers de vecteurs (produits, services, moments, accueils, participations…) adaptés aux différentes “clientèles” qui sont les siennes.
Le tourisme de participation est donc un tourisme des valeurs qui relève aussi d’un commerce des valeurs aussi bien que d’un “marketing des valeurs”. On voit bien qu’il n’est pas un artifice plaqué sur un territoire mais un vecteur de participation de contribution à son propre développement. Vivre, s’enrichir, partager sont aussi les termes d’une motivation de développement humain sous tous ses aspects y compris économique.
Le tourisme de participation est à concevoir et développer de façon singulière pour chaque communauté. On ne peut se contenter d’imiter ce que font les autres ce qui est au contraire la base d’un tourisme de consommation. Il vise une clientèle concernée qui peut devenir impliquée au travers d’une fréquentation qui touche aux affaires communes. De ce fait le tourisme ne se cantonne pas aux vacances et aux loisirs. Il ouvre donc à de nouvelles clientèles constituant un “marché propre”.
Pour développer un tourisme de participation il importe que la communauté territoriale reconnaisse ses propres valeurs (Sens et cohérences culturelles), ses richesses et potentiels. Il faut qu’elle reconnaisse pour elle le Sens Du bien commun et le traduise en termes de positionnement, d’ambition, de projet, expressions d’une vocation reconnue. Il faut, bien sur, qu’elle situe cela dans le contexte du monde actuel et plus particulièrement de ce qui prépare le monde de demain. Il faut ensuite qu’elle reconnaisse ceux qui vont apprécier ses valeurs, ses richesses pour les “mettre en valeur” spécifiquement pour eux. Offre, communication, stratégie etc. vont en découler.
7 avril 2006 at 12:11
Avec cette communication, nous sommes en plein dans la prospective territoriale que je souhaite pour ce blog.
Notre ?©conomie touristique insulaire, multiforme, aux int?©r?™ts quelquefois divergents, est bien au coeur des probl?©matiques ?©conomiques de ce petit territoire de 85 kilom?®tres carr?©s, si convoit?©.
Vivre, s’enrichir, partager, voil?† un triptyque plut?¥t s?©duisant.
Merci Olivier.
7 avril 2006 at 18:54
Tr?©s interessant, comme toute forme de s?©duction, le tourisme se doit de surprendre, ?™tre l?† o?? on ne l’attend pas …..
8 avril 2006 at 13:52
Que du bonheur !
Les grands esprits (anguille et zablo) se rencontrent.
10 avril 2006 at 16:12
Illustration d’une nouvelle forme d’hospitalit?© : le BlogCrossing. O?? l’on d?©couvre sur le blog de Jean Bureau comment celui-ci a laiss?© le temps d’un week-end les cl?©s de sa maison r?©taise ET de son blog ?† Mathilde… que je laisse parler ici : ¬´ Sans Internet, je ne serais pas ici en train de siroter mon expresso du matin, profitant des premiers rayons du soleil. Sans Internet, j’aurais connu moins de gens aussi sympathiques que Jean. Sans Internet, je n’aurais pas eu le loisir d’?©crire sur mon blog (et sur le blog des autres). Sans Internet, je n’aurais pas de travail...¬ª
A m?©diter les amis, voil?† bien un tourisme tout autre !
20 mars 2007 at 14:03
bjr marcus, très interressant mais tu fais tjrs parler les autres du tourisme des valeurs ;comment definirais tu les valeurs dans le / du Tourisme ? (nuance !)
@ bientôt
M