Les pieds dans le plat
Je m’y attendais un peu. Les propos qu’il m’avait tenu en privé à Rivedoux le 7 janvier 2007 me le laissaient présager. Samedi soir, le Président de la communauté de communes présentait ses vœux, il ne m’a pas déçu.
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Dans un réquisitoire implacable, mais juste, Léon Gendre a dénoncé très vigoureusement l’argent facile et les fortunes colossales qui se créent ici sur l’île de Ré. « Elles ne sont pas le fruit du travail » a-t-il déclaré « car elles sont fondées sur des commissions obtenues sans efforts. » Et toc ! (Suivez mon regard en direction des agents immobiliers ou autres marchands de biens défiscalisés qui se bousculent sur Ré la Blanche). On peut le comprendre, lui qui a bossé toute sa vie - et pas 35 heures par semaine - pour finir par employer une quarantaine de salariés, il en a manifestement gros sur la patate. |
Pour Léon Gendre « la valeur travail s’en trouve ainsi dévalorisée, les inégalités se creusent, les difficultés des salariés augmentent, en particulier celle des jeunes pour se loger. » Et d’ajouter cette mise en garde solennelle : « Cette situation détestable fait monter la colère dans l’opinion publique. Elle fait courir un péril mortel à la société en général, et à l’île de Ré en particulier et nous risquons de le payer très cher. » Dans une posture très Gaullienne, toujours volontiers interventionniste, il dénonce la tentation du laisser-aller, du laisser-faire : « Il appartient aux élus de lutter vigoureusement contre cette spéculation foncière et immobilière avec les armes mises à disposition par le législateur, » citant pêle-mêle : La création de ZAD, le droit de préemption, l’expropriation pour cause d’utilité publique, « et de peser, après les élections législatives, sur les nouveaux parlementaires. »… « C’est aussi avec la nouvelle Assemblée Nationale qu’il faudra régler la question de l’échéance 2012 » (ndlr : gratuité du pont au 1/1/2012), rappelant que « les mesures de protection qui n’avaient pas été prises lors de la construction demeurent toujours insuffisantes aujourd’hui. » (ndlr : comprendre malgré la révision du schéma de cohérence territoriale).
Il s’en prend ensuite à « ceux dont le pays a fait la réussite, le succès et la fortune et qui ont la tentation de lui tourner le dos pour aller payer moins d’impôts… en Belgique ou en Suisse. » Il résume son propos avec cette formule : « Il faut savoir donner pour le pays quand on a reçu ! »
Enfin, limite altermondialiste, il fustige l’ordre économique mondial établi. Un ordre qu’il voudrait bien voir changer « si l’on veut que les hommes puissent vivre encore quelques millénaires sur notre planète. »
J’ai bien cru un instant que dans un élan de « bravitude » il allait nous dire qu’il fallait instituer « l’ordre juste. »
Allez ! Disons qu’il l’a pensé si fort que je l’ai presque entendu.
Vache ! Pour un élu UMP, vice président du conseil général, ce qui n’est pas rien, ce soir il a fait fort.

21 janvier 2007 at 11:01
Ce qui est encore plus fort pour ” un élu UMP, vice-président du conseil général, ce qui n’est pas rien… “, c’est de copier le style de campagne de la candidate socialiste: eh oui, lorsque Léon Gendre termine son discours en proclamant aux Rétais: “Ne demandez pas à l’île de Ré ce qu’elle peut faire pour vous, mais plutôt demandez vous ce que vous pouvez faire pour elle “, il s’agit bien d’une transcription du discours du président américain Kennedy, le jour de son installation à la Maison Blanche en janvier 1961.
Et c’est également le credo de Ségolène Royal qui a repris ces termes lors de son discours d’après investiture à Melle en novembre dernier. Copier le style de JFK, c’est incarner la modernité et le renouveau politique liée à la jeunesse.
Pas sûr que cette stratégie de communication s’applique aussi bien à notre Président de la CDC, surtout lorsque ce dernier nous fait l’hagiographie d’André Verchuren, le vertueux accordéoniste qui aurait à donner des leçons au vilain expatrié fiscal Johnny Halliday.
Alors plus que Gaullien, c’est un discours souvent populiste que nous avons entendu, bien loin du vibrant appel du maire des Portes Jacques Labonde pour un développement durable de l’île de Ré et d’une gestion plus communautaire et intégrée des problèmes actuels. Ce sentiment ne m’est pas particulièrement personnel, il reflète l’état d’esprit d ‘un bon nombre de spectateurs présents hier soir aux vœux de la CDC.
21 janvier 2007 at 11:06
Il fait fort, il fait fort… mais il siffle tout de même avec démagogie sur la tête du serpent de mer des départs à l’étranger pour raisons fiscales…. Je lis ici, dans l’Humanité, qu’une étude de la DGI (années 1997 et 1998) soulignait que seulement 350 redevables de l’ISF partaient chaque année à l’étranger avec pour principale motivation la mobilité professionnelle et non le poids de la fiscalité.
Le SNUI relève, sur la base du rapport du Sénat daté de 2004, qu’avec toujours 350 départs annuels et avec un nombre de redevables de l’ISF en augmentation, « la proportion de redevables à l’ISF qui s’exilent est mécaniquement passée de 0,3 % à 0,12 % ». Autant dire qu’il s’agit d’un non-phénomène qui alimente les discours et ne représente rien dans la réalité.
Entre le cinéma de Valérie Mayet sur ce thème et celui de Léon, on assiste encore et toujours à la dernière séance des démagogues de tout poil…
21 janvier 2007 at 12:59
@ Sacha : C’est vrai que Jaques Labonde (maire de la commune des Portes en Ré et vice-président de la CDC) a été bien. Le doyen des Maires de l’île de Ré nous a sans doute livré son testament politique… Enfin, je l’espère.
@ Zablo : Merci pour cette précision.
21 janvier 2007 at 13:53
Pour alimenter la réflexion, je signale à votre attention le dossier immobilier de l’internaute. Le dossier Villes comporte un classement des prix de vente au m2 dans les principales villes de France.
21 janvier 2007 at 17:37
Je suis bien d’accord avec Zablo mais attention aux chiffres: les 0,3 % à 0,12 % représentent la proportion de redevables quittant le territoire et non le pourcentage des sommes soustraites à l’ISF, ce qui est très différent.
On a rarement vu les ” petits riches ” s’exiler. Allez salut, moi je vais écouter le dernier disque d’André Verchuren…