Créer c’est résister, résister c’est créer
Il est des lieux chargés d’histoire qui n’appartiennent à personne, sauf peut-être à ceux qui, précisément, ont fait l’histoire.
![]() |
Le plateau des Glières, fait partie de ces hauts lieux de la mémoire. Mes parents m’en parlaient depuis mon enfance. Je l’ai visité en 2003 pour la première fois. C’était l’occasion d’évoquer avec mes filles la période de la résistance qui impliqua les deux familles, l’une savoyarde et l’autre dauphinoise qui les a vu naître. Retour sur cette page d’histoire et dénonciation de la tentation exécrable du politique à jouer avec les symboles historiques, bref à se servir de l’histoire plutôt que de la servir. |
Les Glières…
Que dire en quelques mots de ce petit plateau difficile d’accès, proche d’Annecy, où une poignée de maquisards bien commandés par un officier d’active, le Lieutenant Tom Morel, réussit au début de l’année 1944 à tenir tête aux forces paramilitaires (GMR et Milice) de Vichy. Les actualités de l’époque avaient beau essayer de faire accroire le contraire, les forces de la collaboration n’avaient pas la maîtrise du terrain et elles essuyaient régulièrement de lourdes pertes. Tant et si bien que la Wehrmacht, en désespoir de cause, décida de faire elle-même le sale boulot avec des troupes d’élites, toute une division alpine appuyée par l’artillerie et l’aviation afin d’assurer le coup, comme elle le fera plus tard sur le plateau du Vercors en juillet 1944, en rajoutant un bataillon parachutiste SS déposé par des planeurs sur le plateau, planeurs que mon père et mon grand-père virent atterrir à Vassieux-en-Vercors. Mais cette bataille des Glières a cependant ceci de notable qu’elle se situe plusieurs mois en amont du débarquement allié auquel l’ennemi se préparait déjà. Presque chaque jour, les radios de Londres diffusaient : “Trois pays résistent en Europe : la Grèce, la Yougoslavie, la Haute-Savoie.” La Haute-Savoie, c’était les Glières.
| L’histoire officielle de la bataille des Glières est résumée en quelques mots à l’intérieur du monument réalisé par Gilioli et inauguré par Malraux en 1973 qui, une fois encore, fit à cette occasion un superbe discours d’anthologie dont il avait le secret. | ![]() |


Une récupération… jubilatoire

Juste avant la clôture de la campagne officielle, Nicolas Sarkozy se rendait sur le plateau des Glières, haut lieu de la Résistance, entouré de journalistes et de parlementaires UMP. Il avait juste oublié d’inviter les résistants dans son pèlerinage… Pour la dernière sortie du candidat avant le scrutin, la mise en scène a été millimétrée. Les photographes ont été soigneusement placés pour qu’aucune image ne sorte du cadre souhaité par la direction de campagne. Ici, pas de clichés comme en Camargue montrant des journalistes entassés dans une charrette pour immortaliser le candidat sur son cheval blanc. Les scénaristes se sont arrangés pour que les téléspectateurs ne voient pas davantage sa voiture cachée en contrebas dans la forêt.

Ministre, Nicolas Sarkozy n’avait jamais mis les pieds à la nécropole nationale du cimetière des Morettes ni sur le plateau des Glières. Alors forcément, cette visite d’un genre particulier, ces “terroristes” d’hier, devenus des papys, leur est restée en travers de la gorge. Ils ont décidé de se rappeler à son souvenir et ont participé à une contre-manifestation pour dénoncer la récupération politique d’un symbole historique au profit de son ambition politique.
Daniel Mermet - France inter - Là bas si j’y suis, a consacré deux émissions, les 23 et 24 mai à cette contre manifestation.
Écouter ou réécouter les émissions :
NB : Cette émission débute par la lecture du répondeur où les auditeurs réagissent à l’émission précédente. Celle du 24 mai revient plus précisément sur les combats du printemps 1944 en Haute-Savoie.
Déjà par le passé, le plateau des Glières et son passé glorieux avait fait l’objet d’une tentative d’instrumentalisation. C’était le 29 novembre 1997. Jean-Marie Le Pen était allé narguer les anciens résistants savoyards sur les hauteurs du plateau des Glières. Le Pen espérait déposer une gerbe sur la tombe des maquisards, tués par les troupes allemandes et vichystes et enterrés à la nécropole nationale de Morette. Les gendarmes, sur instruction préfectorale, lui avaient interdit l’entrée du lieu de mémoire. Le soir même, 15.000 manifestants conspuaient le leader du Front National dans les rues d’Annecy.
L’histoire de Nicolas Sarkozy reste a écrire
“La mode de la repentance est une mode exécrable”, affirmait Nicolas Sarkozy pendant sa campagne. “Je vais en finir avec la repentance, qui est une forme de haine de soi”, assurait-il au soir de son élection. Son premier acte officiel aura pourtant été de participer en compagnie de Jacques Chirac à la journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage, ouvertement voulue par le président sortant comme une “journée de la mémoire de l’esclavage”, donc comme une cérémonie de repentance.
Ses contemportains, et plus tard les historiens, devront s’habituer aux signaux contradictoires donnés par cet homme pressé en quête de légitimité historique… au cimetière de Collombey les deux Églises, au Plateau des Glières. Dans cette perspective, je voudrais également signaler, notamment à l’attention de certains étudiants en histoire qui me font l’honneur de lire mes pages, la création du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire.
En savoir plus sur la bataille des Glières : site web d’Alain Cerri d’après les témoignages de son père.


26 mai 2007 at 9:16
Résister c’est créer…
… et côté création, les artistes s’y entendent.
les artistes de droite fêtent leur nouveau roi.
envoyé par ownerz
26 mai 2007 at 19:17
Oui, long article qui mérite réflexion l’estomac repu > je repasse demain
Bonne soirée !!!
27 mai 2007 at 10:18
Sarko, roi du monde !
ps : ça valait la peine que je repasse, hein ?
27 mai 2007 at 12:46
Effectivement.
En panne de cigares et d’inspiration Cath ?
Allez, on dira que c’est le week-end.