L’île - du fantasme au paysage (I)
Robert Cuq, professeur de psychologie sociale à l’Université René-Descartes (Paris-V), était intervenu au colloque Insularité(s), organisé par le CAUE 17 sur les îles de Ré et d’Aix, les 1er et 2 octobre 1998, auquel j’ai assisté. Voici son texte, enfin sur la toile. Merci à Robert Cuq. Bonne lecture.

Edmond Dantès n’a jamais existé. Pourtant on montre toujours, au Château d’If, le cachot où il aurait passé 14 années de sa vie ! L’Ile de Monte Christo, elle, existe bel et bien : c’est un gros bloc rocheux assez inhospitalier. Elle existe surtout depuis qu’Alexandre Dumas lui a conféré l’auréole de la légende, la dignité d’Ile au Trésor… et ils sont des milliers à tenter d’aller voir sur place si l’Abbé Faria n’aurait pas oublié ici ou là quelque bricole…1.
Lorsqu’il s’agit “d’îles” le mythe est toujours plus tort que la réalité, la légende plus vraie que l’histoire.
I/ Les mythes
L’île produit du rêve. Elle crée ou suscite ou réactive des fantasmes très anciens, inscrits dans la conscience des hommes de tous les temps. Elle est présente dans toutes les mythologies. “L’île, à laquelle on ne parvient qu’à l’issue d’une navigation souvent difficile, ou d’un vol, est par excellence le symbole d’un centre spirituel primordial” 2.
Sa couleur de prédilection est le blanc. Blanche l’île de Thulé des légendes celtiques. Blanche l’île de Minos, patrie des mystères, dont Zeus d’après Homère serait originaire. Blanche par excellence, l’île dans laquelle les druides allaient parfaire leur instruction dans les sciences sacrées : Alba, devenue Albion (qui n’était pas encore la perfide Albion).
Lieu paradisiaque, monde clos, cosmos en réduction, l’île a valeur de temple, ou de sanctuaire. Lieu d’élection, de science et de paix, refuge ultime ou ultime étape. Le corps d’Achille aurait été transporté par Thetys dans l’île Blanche, à l’embouchure du Danube, où le héros vivrait avec Hélène, symbole de l’amour, une éternité de bonheur…
Bien sûr, nous n’accordons plus aucune importance à ces vieilles lunes poétiques… nous ne croyons plus à l’Atlantide, et pourtant Antioche est tout près. Et je vous assure que certains soirs de tempête, on entend très nettement sonner les cloches de la ville engloutie…
1 On a dû en limiter le nombre : 1 200 par an, nous disait-on récemment.
2 Alain Gherbrandt - Dictionnaire des symboles.

[à suivre…]
29 novembre 2007 at 6:37
Pas touche à mon ile et à ma légende ou histoire… je parle bien sur du Chateau d’If, de sa prison, de l’Abbé Faria et d’Edmond Dantès, bien sur… car même si la véracité des évènements qui s’y sont déroulés peut être remise en cause, il n’en demeure pas moins un soupçon de mystérieux, d’énigmatique qui colle bien à l’île et aux iles en général. Et puis, elle aussi, même si elle toute petite (un petit caillou dans la Méditerranée), elle est toute blanche sur un grand fond bleu… bon je l’avoue, un peu beaucoup de chauvinisme là-dedans, mais je l’aime bien mon ile en rade de ma ville.
29 novembre 2007 at 8:22
Et tu as bien raison, Béatrice.
29 novembre 2007 at 10:07
C’est très joli ! Pourtant c’est vrai que ça relève du fantasme ! Les exemples cités font rêver, mais je me souviens que l’île de la Réunion, malgré la beauté des paysages, m’avait laissé un souvenir amer… En tout cas pas l’envie d’y habiter ! Ces gens qui font le tour de l’île en voiture, ils s’ennuient ? Et ceux qui viennent voir atterrir les avions, même si ils n’attendent personne ?
Ça fait longtemps bien sûr, mais je crois que je me sentirais enfermée dans une île, j’aurais vite l’impression de “tourner en rond”
29 novembre 2007 at 11:27
Intéressant ce que tu dis Louisianne. Intéressante et légitime appréhension.
A contrario citons un grand quotidien britannique qui, après une tempête entre Douvres et Calais., titrait en première page “Tempête sur le Channel, le Continent est isolé”. Il est vrai que l’Angleterre est une grande île.
La question est de savoir si l’île de Ré est toujours un île ? Elle n’est pas innocente depuis que le pont nous a de facto, placé dans une logique d’agglomération avec La Rochelle.
Nous poursuivrons ce débat avec les autres épisodes à suivre.
29 novembre 2007 at 11:34
Le paysage n’est pas simplement réductible à la nature ou l’environnement car il n’existe que parce qu’on le voit… autrement dit, il est indissociable de ce que nous sommes…
Juste une introduction pour faire ici un jumelage amical entre Ile-de-Ré et Ile-Maurice, entre Blog de Marcus et Blog de Maurice tenu par l’ami Pierre Bernard qui s’y est installé il y a quelques mois, qui s’est marié avec Annabel… ce qui nous donne deux regards croisés et amoureux sur un paysage bien loin des cartes postales…
Peut-être une occasion de creuser le sujet et d’aller plus loin dans ce type de relations inter-iles.
29 novembre 2007 at 13:45
> Pierre : “la vie sur une ile soit très différente qu’ailleurs”.
Et pourtant ! Attends la suite
29 novembre 2007 at 13:56
Merci Olivier !
Hum, Il est sur que l’Ile fait rêver les continentaux… Proximité avec la mer (ou océan), plages paradisiaques, climat formidable, soleil toute l’année.
En réalité ces iles sont bien souvent d’origines volcaniques, ce qui donne un relief un peu pelé au centre, et des côtes en proies au tourments et caprices maritimes. Un coup de vent un peu brusque et la case est inondée ou balayée.
Toutefois les activités sur une ile sont presque aussi variées qu’ailleurs, contrairement aux impressions de “Louisianne” et les autochtones sont habitués au xdimensions de leur univers : ici, à Maurice, 30 km, c’est loin !
Donc si ennui il y a, il faudrait regarder plutôt du côté social que géographique.
Mon épouse, Mauricienne, à 29 ans est loin de connaitre son ile, dans tous les coins et recoins. Et moi-même en 4 mois, pris par mes activités, j’en ai vu qu’une infime partie. Un peu comme un parisien qui ne connait pas Paris, ou si peu…
Les mythes à propos des iles repris par les agences de voyages à des fins touristiques, font parties de ce désir de l’humanité d’échapper à son destin, son quotidien.
Partout, il y a des insatisfaits qui rêvent d’ailleurs, préférant remettre en cause leur environnement géographique que leur propre incapacité de s’assumer pleinement dans une voie déterminée.
Alors, que les iles favorisent la fantasmagorie de continentaux en mal de sensations, pourquoi pas ? Puisque la psychée humaine ne peut pas se passer de ce genre d’exutoire, semble-t-il.
Pour conclure, il ne me semble pas, et ce n’est que mon humble avis, que la vie sur une ile soit très différente qu’ailleurs. Comme partout, elle est faite de joies et de peines, de rires et de larmes, et pour certains, sans doute, d’une part d’illusion comme quoi certainement, ailleurs c’est mieux !
29 novembre 2007 at 14:32
quand j’entends fantasme je lis aussi amour…voilà une chanson que j’aime pour illustrer poétiquement tes propos…
Une île
Paroles et Musique: Jacques Brel 1962
Une île
Une île au large de l’espoir
Où les hommes n’auraient pas peur
Et douce et calme comme ton miroir
Une île
Claire comme un matin de Pâques
Offrant l’océane langueur
D’une sirène à chaque vague
Viens
Viens mon amour
Là-bas ne seraient point ces fous
Qui nous disent d’être sages
Ou que vingt ans est le bel âge
Voici venu le temps de vivre
Voici venu le temps d’aimer
Une île
Une île au large de l’amour
Posée sur l’autel de la mer
Satin couché sur le velours
Une île
Chaude comme la tendresse
Espérante comme un désert
Qu’un nuage de pluie caresse
Viens
Viens mon amour
Là-bas ne seraient point ces fous
Qui nous cachent les longues plages
Viens mon amour
Fuyons l’orage
Voici venu le temps de vivre
Voici venu le temps d’aimer
Une île
Une île qu’il nous reste à bâtir
Mais qui donc pourrait retenir
Les rêves que l’on rêve à deux
Une île
Voici qu’une île est en partance
Et qui sommeillait en nos yeux
Depuis les portes de l’enfance
Viens
Viens mon amour
Car c’est là-bas que tout commence
Je crois à la dernière chance
Et tu es celle que je veux
Voici venu le temps de vivre
Voici venu le temps d’aimer
29 novembre 2007 at 17:27
Serge Lama
Une île
Paroles: Serge Lama. Musique: Yves Gilbert 1969
© Editions Bagatelle et Plein Soleil
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Sans oublier Serge LAMA
Une île, entre le ciel et l’eau
Une île sans hommes ni bateaux
Inculte, un peu comme une insulte
Sauvage, sans espoir de voyage
Une île, une île, entre le ciel et l’eau
Ce serait là, face à la mer immense
Là, sans espoir d’esperance
Tout seul face à ma destinée
Plus seul qu’au cœur d’une forêt
Ce serait là, dans ma propre défaite
Tout seul sans espoir de conquête
Que je saurai enfin pourquoi
Je t’ai quittée, moi qui n’aime que toi
Une île, comme une cible d’or
Tranquille, comme un enfant qui dort
Fidèle, à en mourir pour elle
Cruelle, à force d’être belle
Une île, une île, comme un enfant qui dort
Ce serait là, face à la mer immense
Là, pour venger mes vengeances
Tout seul avec mes souvenirs
Tout seul qu’au moment de mourir
Ce serait là, au cœur de Sainte-Hélène
Sans joie sans amour et sans haine
Que je saurai enfin pourquoi
Je t’ai quittée, moi qui n’aime que toi
Une île, entre le ciel et l’eau
Une île sans hommes ni bateaux
Inculte, un peu comme une insulte
Sauvage, sans espoir de voyage
Une île, cette île, mon île, c’est toi
29 novembre 2007 at 19:39
Bien entendu Elcab, bien entendu.
29 novembre 2007 at 21:14
Ca veut dire quoi cette condescendance.
29 novembre 2007 at 21:27
Mais rien du tout Elcab. C’est juste qu’au moment où j’ai découvert ton commentaire, je pensais précisément à cette chanson.
29 novembre 2007 at 21:47
Bon ben elle est facile mais n’oublions pas la chanson de notre Voulzi …
belle île en mer, Marie galante …. ben voilà j’ai encore trouvé une raison de parler de moi
non sans rire bien sûr que le seul mot fait rêver … du style “t’habites où ?” “j’habite sur une île” et hop tu es déjà en voyage , tu penses bateau donc mer donc soleil donc vacances !
enfin ce n’est pas pour dire que ceux qui vivent sur une île sont toujours en vacances … nan ça c’est réservé aux gens du sud !!
remarque “j’habite dans le sud” ça fait rêver aussi non ?
alors le fin du fin j’habite au sud de l’île !
Ah marcus fais-nous rêver et puis moi j’aime bien les légendes et tout ce qui nous relie à l’imaginaire. La suite mon président !!
29 novembre 2007 at 22:05
Merci Marie,
La suite ? Dès demain 00h00 et tous les jours jusqu’au 2 décembre.