La République des bien logés

Quelques leçons à tirer sans doute de l’épilogue de l’affaire du logement du Préfet Bolufer, chef de cabinet de Mme Boutin. Remercié par sa ministre à la demande du premier ministre, il démissionne mais refuse de quitter son logement. Se loger à Paris, même pour un préfet, n’est pas chose facile.

FILLON : DE L’ART DE BIEN IDENTIFIER LES PROBLEMES

J’ai bien écouté le premier ministre en parler à la radio et, à dire vrai, j’ai été surpris de sa déclaration. J’ai fait le tour de la presse pour la lire. Elle est reprise notamment par le Nouvel Obs.

“Je crois qu’il s’agissait d’une décision qui s’imposait”, a déclaré le Premier ministre en marge de l’ouverture du comité des signataires de l’accord de Nouméa.
“Nous avons estimé, Mme Boutin et moi-même, qu’il n’était pas possible” pour Jean-Paul Bolufer “de poursuivre sa mission compte tenu de la polémique qui a éclaté à propos de son logement”, a-t-il ajouté.

Alors, en entendant cela, j’ai pensé :

1 - Que, pour le gouvernement, le problème ne résidait peut-être pas tant dans les conditions financières afférentes au logement de ce haut fonctionnaire que dans la polémique [limite regrettable ?] que cette affaire avait suscitée.

2 - Qu’en l’absence d’intervention du Canard Enchaîné, les choses auraient probablement perduré.

3 - Que cette décision politique est intervenue sous la pression de l’opinion publique, alors même que “l’intéressé” semblait, contre toute logique politique, s’accrocher à son poste.

4 - Qu’il y n’y avait donc pas là l’expression d’un désaveu véritable et sincère de l’attitude de ce proche collaborateur du gouvernement (haut fonctionnaire détaché sur un emploi de cabinet) retranché derrière une légalité formelle et dont les leçons de morale sur les conditions d’occupation des HLM semblent désormais totalement décalées et surréalistes, mais plutôt un accident de parcours, une sortie de piste imposée par les circonstances regrettables voulues par les fouilles merde du Canard Enchaîné.

5 - Bref, qu’on avait demandé finalement à M. Bolufer de respecter la règle d’un petit jeu convenu depuis longtemps et dans lequel rien n’est vraiment interdit… sauf de se faire prendre.

PAS BEAU JOUEUR EN PLUS ?… ALORS ÇA, C’EST PAS BIEN !

Toujours selon le Nouvel Obs :

Interrogé sur France 2 après sa démission, Jean-Paul Bolufer a réclamé une enquête de la chambre régionale des comptes. “Je souhaiterais que la chambre régionale des comptes fasse une enquête très rapidement sur les conditions d’attribution et de fixation des loyers dans l’ensemble des parcs privés des collectivités territoriales d’Ile-de-France”, a-t-il déclaré. Il a également demandé au maire socialiste de la capitale, Bertrand Delanoë, de “faire publier par la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP) [à qui appartient l’appartement qu’il occupe, ndlr], la liste de l’ensemble des appartements gérés par cette société, de leur superficie, ainsi que de leur localisation et éventuellement de leurs loyers”.

Jusqu’ici, cette idée ne lui avait pas traversée l’esprit. Pourtant, à la place qui était la sienne, il aurait pu sinon dû y penser plus tôt non ? Je suis gentil, je passe sur son rocambolesque épisode de cumul de logements de fonction qui a pourtant bien de quoi révolter.

Verrons-nous s’ouvrir cette boîte de Pandore ainsi que celle des logements de fonction ?
J’ai des doutes personnellement. Car les dessous des ponts de Paris pourraient bien alors compter rapidement parmi les endroits les plus mondains de la capitale, toutes tendances politiques confondues évidemment.
Allez… ne vous faites pas trop de soucis pour ce préfet, gageons qu’il sera bien vite remployé ailleurs, pas comme les salariés de Jourdan à Romans dans la Drôme, mais ceci est une autre histoire…

11 réponses à “La République des bien logés”

  1. minimoi dit :

    Bien vu Marcus! ton analyse me semble juste en tout point.
    Quant à l’homme , décidément ses déclarations sont pour le moins mal à propos … là il la joue revanchard au petit pied.
    Pourtant finalement il ne devrait s’en prendre qu’à lui même. C’est bien lui qui avait trouvé inadmissible que des gens occupent indument les HLM …. et bien voilà, il a été pris au mot, par l’opinion!
    parce que les partis, ils étaient bien tous au courant… quelque soit le bord, ils semblent bien s’en accomoder. là si cela n’avait pas été l’occasion de mettre un peu le souk au gouvernement, je ne suis pas sure du tout que le dossier de ce mossieur serait ressorti.

  2. marcus dit :

    Merci Minimoi.
    J’ai bien cru un moment qu’il allait rester à son poste. Le gouvernement aura tout juste réussi à sauver les apparences in extremis mais le fond du problème demeure, à savoir de mauvaise habitudes républicaines héritées de ce que l’ancien régime avait de pire.
    J’ai bien du mal à croire que notre pays en sortira un jour.

  3. Joyce dit :

    J’ai toujours dit et écrit “pas de politique, pas de religion”.

    Mais juste pour dire que je vis à Romans “capitale de la chaussure de luxe”. Oui, les panneaux annonciateurs de cette “capitale” sont toujours bien plantés dans le bitume.

    Après Kélian, etc…, Jourdan. Il ne reste que Clergerie qui ne doit sa survie qu’à monsieur Clergerie lui-même qui a investi tout son patrimoine pour racheter son entreprise alors qu’il était à la retraite, qu’il l’avait cédée à un repreneur il y a quelques années. Tout ça pour sauver ses anciens employés.

    Faut le faire !

  4. marcus dit :

    Oui, il faut le faire. Il y a encore, notamment chez les hommes de cette génération là, quelques rares entrepreneurs de ce que l’on appelait autrefois le capitalisme industriel à opposer avec le capitalisme financier dans le contexte mondialisé que nous vivons aujourd’hui. Tout cela état très bien analysé ICI, dans l’article “capitalism under fire” traduit sur mon blog.

  5. Marina dit :

    Je partage votre analyse. Mais, savez-vous que les maux de Paris sont répandus partout? Ainsi, la commune, où j’habitais en 1995, avait des faux électeurs — environ deux douzaines, ce qui est largement suffisant, quand le nombre d’inscrits est de 1000. Pour la petite histoire: ils étaient tous sensé être domiciliés dans une rue qui s’appelle La sente aux ânes.

    Tandis qu’ici nous avons du beau monde aux HLM. Et en plus, des pratiques étonnantes d’attribution: les gardiens de prison se les “passent” entre eux. Et les enfants des agents municipaux passent avant les demandeurs prioritaires.

    Excusez mon long commentaire — c’est le cri du cœur.

  6. marcus dit :

    Non Marina, pas du tout. Merci c’est très intéressant.

  7. Marina dit :

    Merci à vous.

  8. Calpurnia dit :

    Personnellement avec mon mauvais esprit, je me dis que si le Canard Enchaîné n’y avait pas mis son grain de sel, ce monsieur serait resté bien tranquille… Et qu’il y en a des anomalies que l’on nous cache, et des qui en profitent à mort… D’ailleurs le maire de Paris, il en dit quoi ? Pas grand chose… Il est en train de faire compter les anomalies pour mieux les dissimuler…
    Pauvres de nous !

  9. marcus dit :

    Le plus regrettable dans cette affaire, c’est qu’il avait dit des choses assez justes concernant l’occupation des HLM. Mais une fois encore, cette mésaventure nous enseigne que pour monter au mât de cocagne, il faut avoir les fesses propres.

    Quant au fait que ces privilèges soient assez généralement partagés sur l’échiquier politique, cela ne fait, Chère Calpurnia, aucun doute dans mon esprit.

  10. marcus dit :

    D’ailleurs… Chevènement mis en cause.

  11. Cath dit :

    Relis donc “Aux frais de la prince” de Stépanovitch, tu n’aurais pas assez de 20 blogs pour dire tout ce que tu en penses….

    Bien à toi Marcus

    ps : le CD est parti hier, alors attends au moins dix jours, c’est Noël et j’ai pris un affranchissement économique (tu crois pas qu’en plus je vais me ruiner !). Comme dis le postier = ça peut arriver dans 10 jours ou bien jamais ;)