Soixante-huit, année olympique
Je voulais en parler en février, mais j’ai été un peu pris de court.
Dans ma voiture j’entends machinalement la radio évoquer sur fond de révolte tibétaine, les prochains jeux d’été à Pékin.
Les Jeux Olympiques… ceux d’hiver de février 1968, je les ai vécus à Grenoble, en live, mais pas comme sportif évidemment. Comme je vais me la jouer Higgins dans la série Magnum en racontant “mes souvenirs de guerre”, j’ai un message personnel : Luc tu peux zapper.
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Les J.O. de Grenoble, c’était d’abord une mascotte. Ma ville avait lancé la première mascotte de l’histoire des JO : un petit bonhomme en recherche de glisse baptisé Schuss, bien que non-officielle, cette idée sera désormais reprise à chaque olympiade. Nous les mômes on en voulait tous au moins une évidemment. |
Les J.O. c’était surtout des vacances en plus. Le lycée était réquisitionné deux semaines pour loger des forces de l’ordre. Allez hop ! Plus de deux mille élèves du lycée Champollion se retrouvaient en vacances et j’en faisais partie.
Toutefois, une jambe cassée en décembre et, pour faire bonne mesure, la varicelle au printemps et l’année scolaire 67-68 ne fut pas, loin s’en faut, la meilleure de ma scolarité.
C’est d’ailleurs là que j’ai définitivement sombré avec les mathématiques et par suite (d’équations irrésolues) avec toutes ces sciences “en iques”, mais ceci est une autre histoire.
Les J.O. c’était enfin l’occasion de ma seconde rencontre avec De Gaulle. C’est un abus de langage je vous l’accorde. Disons que je l’ai vu passer comme je l’avais vu passer dans cette même ville, sur l’avenue de Beauvert deux ans auparavant. J’ai aussi entendu sa brève allocution : “je déclare ouvert les Xème Jeux Olympiques d’Hiver de Grenoble.”
| La cérémonie d’ouverture était grandiose. Un stade provisoire et démontable de 60 000 places, rien que pour les cérémonies d’ouverture et de clôture avait été dressé sur le terrain l’aéroclub. Des HLM y seront construits peu de temps après les jeux. C’est Alain Calmat, un patineur pas encore ministre, qui portait la flamme au sommet pour allumer la vasque. | ![]() |

Pendant la durée des jeux du 6 au 18 février, il y avait bien un peu plus de monde que d’habitude en ville mais pas tant que ça finalement. J’ai vu pas mal de choses, à la télé comme tout le monde. Le Hockey, j’aimais bien. On allait récupérer des crosses de hockey cassées pour jouer plus tard au hockey sur marbre en patin à roulettes sur le parvis de l’église, C’était des vieux modèles en métal à fixer sous la semelle des godasses avec des courroies en cuir. Les curés nous viraient, un peu à cause des traces laissées par le caoutchouc noir des roulettes, beaucoup pour le boucan que ça faisait, peu propice à la sérénité du culte.
Certain(e)s s’en rappellent ?
J’ai tout de même assisté à une compétition. C’était l’épreuve masculine de slalom spécial à Chamrousse. Jean-Claude Killy, après le slalom géant, vient de remporter l’épreuve reine la descente. Il veut réaliser le triplé et pour cela il lui faut gagner ce slalom. Il réalise le meilleur temps de la première manche mais son rival de toujours, l’autrichien Karl Schranz, est tout près.
En attendant la deuxième manche, au milieu de milliers d’autres spectateurs, nous sommes quatre à nous peler sur la pente, le long de la piste : Michèle ma sœur, Jean-Claude son mari, Françoise, une cousine parisienne venue exprès pour les jeux, et enfin moi, qui préfère jouer à luger sur un sac plastique. Un étudiant embauché pour la circonstance vend du café chaud de la marque Sanka. Quelle mémoire ce Marcus, me direz-vous ? Mais non ! Il avait trouvé un slogan génial, plein de dérision et de pertinence : “buvez le café Sanka, le café Sanka, le café sans… qualité.” Ce n’était pas publicité mensongère.
Il fait depuis le début un brouillard pas possible au point que tout le monde se demande si la compétition va pouvoir se poursuivre, mais le départ de la seconde manche est finalement donné. Killy fait une course superbe, enfin d’après ce que l’on entend à la sono car on ne voit pas grand chose, juste des silhouettes fugaces en nuances de gris, c’est pas de chance. En revanche on entend parfaitement le crissement des quarts sur la neige givrée. Killy reste en tête jusqu’au départ de Karl Schranz. Lorsque l’autrichien passe la ligne d’arrivée, il prétend qu’une mystérieuse silhouette a traversé la piste, l’obligeant à s’arrêter. Bizarre bizarre… Le bonhomme est un grand champion, l’Autriche n’est pas n’importe quelle nation pour le ski alpin, les organisateurs lui accordent un deuxième départ. Et déjà, le public français ronchonne.

Karl Schranz est un vieux renard. Il bénéficie de meilleures conditions car la visibilité s’est un peu améliorée. Il enregistre alors un meilleur temps que le Français et remporte le slalom. Clameur de déception et là surprise : ma cousine parisienne s’exclame tout de go, “c’est impossible qu’il ait battu Killy, il a du tricher”. Heu… tricher au JO, tu déconnes ma cocotte.
Nous redescendons sur Grenoble, un peu déçus il faut bien le dire et nous supportons la cousine qui ne décolère pas, persiste et signe. “Il a triché cet autrichien de malheur, pas possible autrement !”
Karl Schranz ne sera champion olympique que quelques heures. Le jury réexamine la première tentative de l’Autrichien et le disqualifie. Il avait en fait manqué deux portes, avant d’être gêné (soi-disant). Pour Killy, c’est la consécration.
Pour ma cousine aussi, mais dans une moindre mesure. Une “visionnaire” la cousine Françoise.
Quand à la ville de Grenoble et sa Région, ces J.O. sont l’occasion d’un formidable essor grâce au développement de sa desserte et de ses infrastructures. Les J.O. d’Albertville, 24 ans plus tard, ajouteront à cet élan.
Et moi ce que j’en pense au final, vous voulez que je vous le dise ?
Quarante ans… C’est vite passé finalement.



28 mars 2008 at 4:42
La mascotte est… vraiment bizarre !
Ma mère aussi avait des patins comme ça. ^^
Et tu étais aussi à Albertville ?
28 mars 2008 at 6:43
Ben moi là mascotte je l’avais en porte clé (collection oblige) mon papa nous l’avait ramené de Chambourcy où il travaillait à l’époque. Nous avions même la maquette exacte de la piste d’envol du tremplin de St Nizier avec les petits schuss qui descendaient.
Sans parler des patins à roulettes, exactement les mêmes aussi que sur la photo. Tout ça nous a été volé quelques années plus tard lors du cambriolage de la maison de mes grands parents.
Et Jean Claude Killy, Guy Périllat, Isabelle Mir, et tous les autres qu’est ce qu’ils nous ont fait rêver… qu’est ce qu’ils étaient beaux !!!
Mais c’est vrai que finalement 40 ans ça passe vite. Mais là tout de même, je repars en arrière et c’est tout bon… Va doucement Killy !!! ^^
28 mars 2008 at 8:33
> Xavier : Ces patins étaient moins lourds (et moins chers) que les rollers et on s’en sortait très bien.
Ah Maman a pratiqué, c’est bien. C’était plutôt rare les filles qui en faisaient dans le quartier.
Et le Hockey, laisse tomber, sans les protections c’était vachement violent pour les tibias.
Albertville, non, j’étais déjà à l’ouest.
> Béa : super sympa ton commentaire. On est de la même génération ou presque, alors forcément.
Désolé pour la file de modération ça arrive.
28 mars 2008 at 8:57
Des roulettes en caoutchouc…. quel luxe! Les miens avaient des roulettes en fer. Non seulement ça abimait tout mais en plus ça n’était pas discret. J’ai encore quelques “bibelots” des JO. En effet à cette époque ma tante avait à grenoble un magasin où elle vendait des petits meubles et autres bricoles (estampillées JO….) comme des cendriers, soucoupes mais que des produits de luxe!! Elle vit toujours à Grenoble (ma mere est Dauphinoise d’origine).
28 mars 2008 at 11:14
Ça ne nous rajeunit pas tout ça ! Je me sens vieille de me rappeler du café Sanka et de Jean-Claude Killy !
La dernière mascotte je crois le lionceau a fait un flop et a été retirée de la vente ou pas du tout commercialisée je crois !
Et à propos du trop drôle Higgins de Magnum, il a un successeur (ça a pris du temps ) dans la série NCIS avec le fameux Docky et ses souvenirs de guerre ! En plus il parle aux morts !
28 mars 2008 at 12:28
alors moi aussi j’ai eu ces patins là quand j’étais petite, que si tu attachais pas bien la lanière et bien tu perdais ton patin en pleine course….après jsuis passée aux rollers et ça allait bien mieux
Albetrville m’en souviens bien, en plus après j’y suis allée en vacances deux années de suite, Brides les bains et Albertville …le top du top ;-(
Grenoble pas née la miss oka ….
28 mars 2008 at 12:52
> Panicaut : Ah mince alors, des roulettes en fer, on devait t’entendre venir de loin.
> Louisianne : tu sais que Docky de NCIS c’est Illya Kuryakin dans la série “des agents très spéciaux”
Désolé également pour le passage anormal de ton com par la file de modération.
> Oka : Ah oui tu as raison le patin qui se barre, parce que la courroie est usée et casse ou simplement desserrée, ça arrivait assez souvent en effet.
.… C’est ce que j’exprime en conclusion, on ne peut pas être et avoir été.
Même pas née la grenouille
28 mars 2008 at 13:22
Ben je crois bien que oui mon bon Monsieur que nous sommes de la même génération. En février 68 j’avais tout juste 11 ans et 2 mois… ça ne nous rajeunit pas tout ça… mais un bon bain de jeunesse ça vaut toutes les crèmes anti rides d’Oka… même avec son pote Lulu…
28 mars 2008 at 13:33
Mouah ah ah
28 mars 2008 at 14:29
J’avais 10 ans. Comme tu dis, 40 ans c’est vite passé finalement. Je me souviens comme l’an 2000 me semblait loin, et comme j’y serais vieille.
Je me souviens également de ces jeux où la France avait tant brillé, et des patins à roulettes dont la courroie cisaillait la cheville…
Oui, 40 ans, c’est vite passé !
28 mars 2008 at 15:29
Ah oui alors, c’est bien vu Calpurnia. Moi j’avais treize ans en 1968 et comme toi je me disais que je serais vieux en 2000 et que tout ça me paraissait lointain.
Mais la vieillesse demeure subjectivement une notion relative, pas vrai ?
Pour prendre une comparaison, elle est un peu comme l’horizon qui recule au fur et à mesure que l’on s’avance.
28 mars 2008 at 17:15
Ah ouais, je m’en rappelle de la mascotte. J’en avais une !
28 mars 2008 at 19:25
Ah, je vois que la machine à réveiller les souvenirs a bien fonctionné. Modane n’est pas si loin de Grenoble.
28 mars 2008 at 19:54
J’ai encore le pins d’Albertville, mais Grenoble.
J’étais vraiment trop petite pour m’en souvenir.
28 mars 2008 at 22:08
Hé hé, gamine.
29 mars 2008 at 6:46
Ah ces jeuuuunes !!! moi de mon temps ma brave dame … vieux souvenirs de “guerre” et d’anciens combattants. Et dire que jeune fille (oui un jour ça m’est arrivée) je m’étais jurée de ne jamais dire ” de mon temps…” voilà-t-y pas que j’y suis maintenant… Horreur et damnation !!!
29 mars 2008 at 8:09
…
30 mars 2008 at 17:34
Je ne suis vraiment pas habile en patin (roues ou lames)… mais c’est clair que les “vieux” pâtins suffisent et coûtent moins cher que les rollers. C’est une question de mode. Et ça fait plus sportif.
7 avril 2008 at 9:30
[…] itivement réglée. En effet, la voie ferrée avait été doublée dans la perspective des Jeux Olympiques. Un passage souterrain avait été réalisé au bout de l̵ […]