L’histoire peut-elle bégayer ?

“Ce sont les hommes qui écrivent l’histoire, mais ils
ne savent pas l’histoire qu’ils écrivent.”
Raymond ARON
Le bras de fer continue entre le gouvernement et les lycéens.
Dans les académies qui ne sont plus en période de vacances de printemps, leurs principaux mouvements (UNL et FIDL) ont réussi à mobiliser en province ce mardi 22 avril, pour dénoncer les 11.200 suppressions de postes prévues à la rentrée de septembre 2008.
Silence radio ou presque.
De cette mobilisation lycéenne qui ne faiblit pas, il ne vous aura pas échappé que les media parlaient peu jusqu’à présent, ce qui n’a fait qu’exaspérer les lycéens. Désormais la contestation lycéenne s’étend à la province. Outre les manifestations d’aujourd’hui des manifestations lycéennes sont en préparation également pour jeudi prochain et le mouvement pourrait se prolonger au moins tout le mois de mai.
La météo : un facteur décisif.
Ce qui retient mon attention, c’est que cette mobilisation s’est précisément développée malgré un début de printemps particulièrement froid et humide et en dépit des intimidations de Monsieur Darcos, Ministre de l’Education Nationale, qui affiche la fermeté d’un gouvernement désargenté.
Dès lors, un brusque retournement de la situation météorologique pourrait tout-à-fait créer les conditions psychologiques favorables à un mouvement de grande ampleur dans la rue, dont nul n’est en mesure de mesurer les conséquences et les prolongements éventuels.
Des manifs à l’avant veille du baccalauréat : c’est ballot non ?
L’épouvantail du bac peut encore marcher sur les parents, mais il n’impressionne guère les principaux intéressés qui savent bien que le taux de réussite du bac de 1968 n’a été dépassé qu’une seule fois depuis lors, c’était en 2006.

La méthode révèle l’autoritarisme, pas l’autorité du gouvernement.
Comment s’étonner, au delà de l’aspect commémoratif, qu’au niveau de la symbolique au moins, la tentation de faire revivre les vieux slogans qui ont fait leur preuve en d’autres temps soit déjà présente sur le terrain. Car ce n’est pas à proprement parler l’autorité qui est rejetée, mais l’autoritarisme. Prétendre que le gouvernement actuel n’est pas ressenti globalement comme tel par une partie de plus en plus grandissante de la jeunesse lycéenne de ce pays serait sans doute contraire à un état d’esprit qui me semble assez généralement répandu dans les lycées.
La réforme oui, la chienlit non.
C’est ce que j’aurais envie de dire, mais à l’adresse du gouvernement. Comme l’a déclaré récemment Hervé de Charette : “le gouvernement est en train de rendre la réforme haïssable”.
Cette attitude gouvernementale contribue par ailleurs grandement à forger chez les jeunes, l’ébauche d’une conscience politique que l’on pouvait croire à jamais perdue, tout en créant un terrain propice au développement de la contestation.
Monsieur météo, et quelques maladresses policières en cas d’incidents, pourraient bien faire le reste.
Sans même s’en rendre compte, les descendants de la promotion des barricades serait-ils déjà en train d’écrire la première page de l’histoire du mois de “mai 2008″ ?
22 avril 2008 at 23:08
Un nouveau 68 ? Des points communs dans l’avant mai (mouvements lycéens, JO à venir, pouvoir d’achat) mais je ne pense pas que l’on verra un mai 2008. Mais l’histoire comme tu l’as écrit…
Ma maman a eu son bac en 68 ! Cette année là elle n’a pas passé l’examen. Le diplôme a été donné aux élèves qui avaient bien travaillé toute l’année.
22 avril 2008 at 23:29
De nos jours, un faux diplôme s’achète sur le net.
Je vais peut-être vendre les miens sur e-bay d’ailleurs.
Attends, attends Ceucidit, sait-on jamais !
L’exaspération est profonde et la jeunesse, si elle n’est pas aussi utopiste et plus pragmatique qu’il y a quarante ans, elle demeure généreuse dans ses aspirations et sa révolte vise aussi par exemple le sort fait aux sans papiers au moins dans ce qu’elle touche des jeunes scolarisés.
23 avril 2008 at 7:57
Loïc (en 1ère donc bac français cette année) m’en parlait hier soir… il se demandait si le printemps 2008 allait ressembler au printemps 1968. Je vais lui recommander de lire ton article. Je verrai après ce qu’il en pense.
23 avril 2008 at 8:15
Bonne idée, Béa.
23 avril 2008 at 10:30
J’aimerais assez que 68 bégaye. Que chacun bouge. Qu’un mouvement remette à plat les actes de notre gouvernement. J’aime l’utopie.
23 avril 2008 at 10:58
Et remette aussi en question la pensée unique économique…
23 avril 2008 at 11:17
Alors, là, Marcus, si tu imagines qu’on puisse remettre en question la pensée unique économique, ce n’est pas une ou même plusieurs manifs de lycéens qu’il va nous falloir, mais une guerre mondiale (et je suis sérieuse).
On ne réveille pas les inerties ni remet à plat les mauvaises pratiques planétaires dans la douceur et le miel…
ps : dis, bel ami, on dit du mal de toi chez moi !!!!
23 avril 2008 at 11:49
Faut bien commencer quelque part
23 avril 2008 at 17:51
Je n’ai pas dû vivre Mai 68 de la même façon que toi, ce doit être la différence d’âge.
23 avril 2008 at 19:19
Passé mon bac cette fumeuse, euh, fameuse année, et j’en ai bavé parce que justement les candidats du début des épreuves (c’était un bac tout à l’oral, pas eu d’écrit) l’avaient obtenu” trop” facilement. D’où il en est sorti qu’il fallait serrer la vis à ceux qui le passaient plus tard, et j’en fus.
J’ai attendu des années avant d’avouer l’année de mon diplôme, en fait, après avoir validé un premier cycle de fac.
Ceci dit, ça a chauffé pas mal aussi en 70 à Paris, manif étudiants, couvercles de poubelle en attente sous l’entrée de la fac, sorties de métro à éviter, nécessité pour les banlieusards de quitter vite les cours pour s’engouffrer dans la station avant que ça ne dégénère…
Les profs ne faisaient pas cours à un moment, ils avaient distribué les polys à ceux qui étaient là , de ceux- là quelques uns présentaient lesdits cours aux “nouveaux” pour que le programme soit un peu préparé (les profs avaient prévenu que le cours était censé “être fait” )…
La vie étudiante ne manquait pas de charme, j’ai adoré…
23 avril 2008 at 23:30
À la différence peut-être qu’en 68 les jeunes voulaient un monde plus libre, moins d’autorité, plus d’audace…. et qu’aujourd’hui les jeunes sont plus conservateurs qu’autre chose. Enfin c’est mon impression.
24 avril 2008 at 0:00
Gwenola : Oui le tout début des années soixante-dix a été une période très chaude notamment en raison des affrontements violents entre ordre nouveau et la LCR.
Le Quartier Latin est resté sous étroite surveillance très longtemps. Ainsi, au milieu des années soixante-dix CRS et gendarmes mobiles y patrouillaient le soir en tenue de maintien de l’ordre, l’arme à la bretelle.
Les ministres de l’intérieur Raymond Marcelin tout particulièrement, puis Michel Poniatowski, étaient obsédés par “l’ennemi de l’intérieur.” et la subversion.
Dr Peuplu : Plus pragmatiques sûrement. Désabusés, sans doute un peu aussi. C’est vrai que c’est plutôt le règne du chacun pour sa pomme. Mais il ne faudrait pas grand chose pour fédérer tout ça.
24 avril 2008 at 0:04
Et à part qu’en 68 la révolte était mondiale…. et pas qu’estudiantine.
24 avril 2008 at 0:14
Le militantisme écologique musclé, l’altermondialisme, ne sont pas des thèmes proprement hexagonaux.