L’armée rouge était déjà dans Berlin…

Depuis le 2 mai l’armée rouge est à Berlin, et cela fait 4 mois et demi que Strasbourg est libéré. Mais ce 8 mai 1945, l’île de Ré est toujours occupée… depuis le 29 juin 1940.

Face à l’avancée alliée à l’été 1944, Hitler ordonne aux secteurs fortifiés de la côte ouest de la France de résister. Au printemps 1945, les armées de libération laissent ainsi à l’arrière des poches littorales de résistance allemande à Dunkerque, Lorient, Saint-Nazaire, sur l’Ile de Ré, l’île d’Oléron, à Royan, sur la Pointe de Grave et à La Rochelle.

Ce front est défendu par 100 000 hommes à l’abri derrière le puissant dispositif de l’organisation Todt du Mur de l’Atlantique : 1000 blockhaus, 1300 pièces d’artillerie protégés par des mines et des barbelés.

A partir de mai 1942, l’Ile de Ré est occupée par la marine allemande. Avec l’île d’Oléron, elle est un bastion avancé du dispositif de défense côtier du Mur de l’Atlantique en Charente-Maritime destiné à protéger la base sous-marine de La Pallice.

Les troupes allemandes installent leur quartier général à La Couarde. Le Kapitän zur See Oskar Günther assure le commandement militaire de l’île. Il a sous ses ordres 2 300 hommes (soit 1 occupant pour 3,5 habitants), répartis en huit formations composées de marins, de forces terrestres, de personnels au sol de l’armée de l’air et de d’un corps de détection radioélectrique.

Les troupes de marines rassemblent le groupe d’artillerie légère de marine n° 686 qui est installé sur l’île depuis fin avril 1942 et qui est formé de 953 marins ; le groupe d’artillerie côtière de marine n°282, constitué en 1940 et dont les 576 hommes protègent en particulier l’accès aux chenaux menant au port de La Pallice ; et le groupe d’artillerie antiaérienne de marine n°812, regroupant 876 soldats, qui assure la couverture aérienne avancée de la base sous-marine.

La batterie Karola (Ars-en-Ré) commandée par le Kapitänleutnant Günter Meisenburg, et armée au début de l’année 1944 de deux tourelles doubles de 203 mm provenant du croiseur Seydlitz, constitue, avec ses quatre pièces d’une portée de 37 km, une véritable forteresse autonome.

Elle est le fleuron du dispositif de défense côtier en avant-poste de le base de La Pallice.

Une station radioélectrique (2/3 Funkmess-Abteilung) située sur le phare des Baleines et composée de 24 hommes, surveille le secteur et émet des messages optiques.
Une compagnie d’infanterie de forteresse (la 5/Festa LXXX) de 200 hommes, cantonnée dans le secteur d’Ars-en-Ré occupe les points d’appuis antichars et antipersonnels.
Une compagnie antiaérienne de l’armée de l’air (la 4/gen Flak 195), sise sur la pointe de Sablanceaux à Rivedoux, renforce la défense de la base de sous-marins.

A partir de janvier 1944, une compagnie italienne, détachée du bataillon San Marco de Bordeaux, et commandée par le capitaine Ascani, vient grossir les rangs des défenseurs allemands.

Avec le débarquement anglo-normand, l’activité de la Résistance s’intensifie et s’organise sur l’île de Ré. Le réseau rétais porte le nom de code de “Manipule”. Il est placé sous l’autorité de l’officier des équipages à La Flotte, le commandant Marc (Ferdinand Couillaud).

L’île est divisée en trois secteurs. Le secteur A (Ars, Saint-Clément, Les Portes) est dirigé par Jean Drillaud d’Ars-en-Ré.
Le Secteur B (Saint-Martin, Le Bois Plage, La Couarde et Loix) est placé sous l’autorité de Bernard de La Bigne de Saint-Martin-de-Ré. Le secteur C (Sainte-Marie, La Noue, La Flotte, Rivedoux, Sablanceaux) est confié à Camille Perrain de La Noue.

L’action de la Résistance se limite à la recherche de renseignements. Elle établit des contacts avec les soldats russes, polonais et italiens, dont le capitaine Ascani, des positions côtières, qui lui fournissent des informations sur l’état de la défense allemande : armement, effectifs, moral des troupes.

Les renseignements sont transmis soit par liaison hertzienne au détachement de l’armée de l’Atlantique établi à L’Aiguillon, soit par courrier au réseau “Alliance” et au régiment Guitton à La Rochelle.

En mai 1945, alors que les derniers points de résistance allemande cèdent progressivement au prix d’âpres combats, le capitaine de frégate Meyer, négociateur auprès des autorités allemandes de La Rochelle, obtient que l’Ile de Ré se rende en même temps que la Poche.

Sur place, pourtant, un incident met en péril les accords. Le 7 mai, en effet, décidé à obtenir par la force la capitulation de l’île, le colonel Schumaker de l’OSS (services secrets de renseignement américain) basé à L’Aiguillon-sur-mer, lance de sa propre initiative (en laison avec son agent infiltré sur l’île, le rétais Maurice Martineau) une opération commando et débarque à 19h30 à La Flotte. Les chefs du commando se font conduire au quartier général allemand de La Couarde et s’entretiennent avec le Kapitän Oskar Günther. Informé de la situation, le commandement français désavoue l’entreprise et intime l’ordre à l’ expédition de rembarquer ; chose faite le lendemain 8 mai 1945.


La veille dans la nuit du 6 au 7 mai, à 2h 41, la reddition allemande était signée à Reims. La cessation des combats est fixée au lendemain 8 mai, à 23h 01. Les Russes exigeront qu’elle soit ratifiée à Berlin (photo). Cette formalité est accomplie le lendemain 8 mai 1945, à 15 heures, au quartier général des forces soviétiques du maréchal Joukov, dans le quartier de Karlshorst.

Certaines troupes allemandes résisteront au-delà de cette date, notamment dans la place forte de Saint-Nazaire.

La libération de l’Ile de Ré est effective le 9 mai 1945.
Le 3e bataillon du 4e régiment de zouaves commandé par le chef de bataillon Ardouin est chargé d’occuper l’île et de désarmer les unités allemandes. Ce dernier installe son poste de commandement à la mairie de Saint-Martin-de-Ré, d’où il planifie l’occupation de l’île en trois secteurs, alors qu’il délègue auprès du Kapitän Gunther des officiers afin de régler les aspects techniques de la capitulation, signée quelques heures plus tard à la mairie de Saint-Martin-de-Ré. La garnison allemande est regroupée et internée à la citadelle de Saint-Martin-de-Ré, à La Couarde et à Rivedoux.

Les compagnies de zouaves secondées par des sections de déminages allemandes nettoient les plages et aident les canonniers-marins à inventorier le matériel militaire des anciens défenseurs. Cette action est continuée par le 1er bataillon du 114e régiment d’infanterie après leur départ, le 21 mai 1945.

sources : les chemins de la mémoire.

16 réponses à “L’armée rouge était déjà dans Berlin…”

  1. Béatrice dit :

    Ma 1ère réaction a la lecture de ton article fut “beurk, un cours d’histoire” - J’ai toujours été nulle de chez nulle en histoire et elle me le rend bien. Et puis (comme je suis pas complétement idiote, enfin je crois) je l’ai relu et je me dis que tous ces événements qui ont jalonné à un moment l’histoire de nos villes, de nos campagnes nous ne les connaissons pas vraiment. Ils sont à la fois si loin et pourtant tellement présents.
    Ton article me renvoit à mes souvenirs d’enfance où mes grands parents maternels habitaient Marseille, à quelques 100 m du pont de la Gare St Charles qui fut une des cibles des bombardements américains pour libérer Marseille… j’ai oublié la date exacte mais je n’ai pas oublié leurs yeux et leurs mots quand ils en parlaient…

  2. marcus dit :

    Nuit du 14 au 15 août 1944 : début du débarquement dans le Var
    16 août 1944 : libération de Draguignan
    18 août 1944 : appel à la grève générale à Marseille
    19 août 1944 : libération de Digne
    21 août 1944 : prise de la préfecture à Marseille/ Libération d’Aix, de Martigues/ Début de la bataille d’Aubagne
    24 août 1944 : arrivée à Marseille du commissaire régional de la République, Raymond Aubrac
    28 août 1944 : début du soulèvement de Nice/ Capitulation de la base de Saint-Mandrier près de Toulon/Capitulation des troupes allemandes à Marseille
    30 août 1944 : installation de la délégation municipale de Marseille

    Le bombardement du quartier Saint-Charles (gare de triage) par l’US Air-Frorce (en plein jour et à haute altitude) c’était le 27 mai 1944. 134 bombardiers lourds de la 15e Air Force Américaine, attaquent les installations ferroviaires de Marseille entraînent d’importantes destructions dans la veille ville et de lourdes pertes parmi la population civile. 4513 civils tués ou bléssés. Par malheur une des bombes a explosé dans la bouche d’aération du tunnel de la SNCF – boulevard National – où les gens s’étaient réfugiés pensant être à l’abri, faisant un très grand nombre de morts et de blessés.

  3. Béatrice dit :

    Merci pour tout ça. Tu vois mes grands parents ont habités pendant 50 ans environ au 32 Bd National, juste avant le pont. Au 7ème étage. Et je me souviens qu’ils disaient que le jour du bombardement ils étaient descendus justement pour aller se mettre à l’abri sous le tunnel, ils n’en ont pas eu le temps et se sont retrouvés dans ce qui actuellement est un garage mais qui a l’époque devait plutôt ressembler à un hangar. Et ils n’ont rien eu….

  4. marcus dit :

    Coup de bol. Quand ce n’est pas l’heure…

  5. Bleck dit :

    Marcus, (c’est curieux, ce pseudo sonne un peu Allemand pour moi…) Marcus, disai-je, je te remercie pour une évocation aussi précise en non ennuyeuse de ces périodes troubles.

    Né dans le Cotentin et y ayant vécu pendant plus de 25 ans, les notions de Bunkers, de mur de l’Atlantique et d’occupation font partie de ma culture et quand mon père m’évoquait son souvenir du débarquement et l’arrivée des Américains sa voix était passionnée, il avait 17 ans lors de ce formidable évènement, j’en ai 52 à ce jour, mais il n’est plus là pour me faire vibrer.

    Que d’énergie, de force et de sang versé pour rien. Pourquoi ?

  6. marcus dit :

    Ach ! Natürlich, c’est à cause de Markus Wolf.

    Jacques et Jean-Paul Rouland racontaient cette anecdote : Adolescents pendant la guerre, ils habitaient en région parisienne. Au printemps 1944, leurs parents avaient décidé de les mettre à l’abri des bombardements en les envoyant chez leurs grands-parents… en Normandie.

    Les hommes valides sur l’île ont été requis de participer aux travaux de constructions des blockhaus ou de la base sous-marine.

  7. elcab1 dit :

    Mon beau-père a fait partie du réseau de résistance d’Ars.

    Principales missions, sabotages des installations électriques.

  8. Marina dit :

    “Elle établit des contacts avec les soldats russes, polonais et italiens”
    Pardon? Quels russes?

    “Certaines troupes allemandes résisteront au-delà de cette date, notamment dans la place forte de Saint-Nazaire.”
    Et à Prague, et en Prusse Orientale

  9. Marina dit :

    Merci pour la chanson!

  10. marcus dit :

    De rien camarade ;-)
    Il devait s’agir d’Ukrainiens et de Russes de “l’armée Vlassov”, très certainement. Il y en avait aussi en Normandie.

  11. Marina dit :

    Evidemment, cette partie n’était pas enseignée dans nos écoles. Je crois que Vlassov était évoqué une fois dans le manuel sans trop de précisions. J’en sais en peu plus par mon père, mais le sujet est vaste.

  12. marcus dit :

    Les poubelles de l’histoire sont vastes et l’histoire, quand elle est écrite voire réécrite au service d’un régime politique, ne permet pas d’éclairer les jeunes esprits.
    Ceci étant dit, entre la peste et le choléra, Vlassov avait une chance sur deux de se fiche dedans, il ne l’a pas loupé. “Vae victis” disait les romains.
    Au delà de ces convictions Vlassov était clairement un traitre, comme chaque pays à cette époque en a connu.

  13. romy dit :

    ben il est passé où ce quizzzzzzz ? il n’y a plus rien….

  14. marcus dit :

    Merci pour ce signalement Romy. c’est rétabli. Pb technique lié à l’intrusion d’un robot spammeur qui exploite une faille de sécurité pour aller écrire à mon insu des lignes de codes à la suite des articles.
    Ce blog devrait basculer bientôt sur une nouvelle version de WordPress pour éviter ces désagréments.

  15. Fanzesca dit :

    Mon grand-père à fait la guerre 14. Ses 7 fils ont fait la suivante, chacun à leur manière, certains dans le maquis. Ca me donne toujours la chair de poule et j’ai beaucoup de mal à me replonger dans cette “Histoire” jamais trop racontée dans ma famille, parce que trop douloureuse…

  16. valérie dit :

    bonjour
    je souhaiterais faire des recherches sur un homme que ma grand mère a connu pendant l’occupation de LR. A qui m’adresser ? Merci