Mai 1978 - Mai 2008
C’est le mois de mai et il va bientôt se terminer.
Pour moi, chaque mois de mai a une résonance toute particulière.
Tout spécialement celui-ci qui me renvoie trente ans en arrière.
C’est le trentième…
Le trentième anniversaire d’une rencontre.
Il y a dans la vie de chacun, dans la mienne en tout cas, ce moment rare et privilégié, celui d’une rencontre avec une personne exceptionnelle qui soudain, croise votre route par hasard. Une rencontre où apparaît alors cette chose indéfinissable, ce presque rien, insaisissable, qui fait toute la différence.
Une rencontre avec les premiers regards échangés, les premiers mots, les premiers gestes tendres, le premier baiser et les sentiments naissants dont on sait déjà, intuitivement, que jamais on n’en a éprouvés d’aussi forts ni d’aussi intenses. Si forts et si intenses, que déjà le temps, sur eux, n’a pas de prise et n’en aura probablement jamais.
Pour moi cette chance - car c’en est une - est passée, une première fois, un jour de mai 1978, il y a trente ans.
Mais alors pourquoi, à ce moment crucial de l’existence, les choses ne tournent-elles pas toujours comme elles le devraient. Tout serait-il écrit par avance ?
Le mois de mai est propice pour moi à ce questionnement existentiel.
Je ne le sais pas. J’aimerais pouvoir dire cela.
J’essaye depuis trente ans. En vain !
Dans trente ans peut-être ? Il sera alors temps.
De ce temps-là que reste-t-il ?
Il reste cette complicité durable entre nous, lorsque nous nous parlons, à défaut de pouvoir nous revoir, ce qui n’arrive que trop rarement. Il me reste aussi, malgré la vie et le temps qui passe, le souvenir de son visage, le son de sa voix, les rires, les moments intensément partagés de l’été 1978 sur l’île de Ré, qui ne s’effaceront jamais de ma mémoire.
On n’écrit pas des mots d’amour à une femme mariée qui vit à l’autre bout de la France.
On s’y risque d’autant moins lorsque, marié soi-même, on partage la vie d’une autre femme que l’on aime depuis vingt sept ans.
On ne devrait pas en tout cas.
Alors, une fois encore, je vais simplement lui adresser une amicale pensée et mon fidèle souvenir.
Je sais déjà qu’elle comprendra.
28 mai 2008 at 1:59
Non, je ne me suis pas égarée sur la plage. Je suis venue sciemment prendre une bouffée d’air du large. Sciemment je suis restée à attendre la vague. Je l’ai prise dans la poire, uppercut dans le bide avec cette note. La 1ère que je lis chez toi depuis … depuis… bah disons plusieurs marées. Ca sent bon l’air du large qui picote les narines, les yeux, la fibre émotive. Je suis une guimauve qui chouine devant les histoires d’amour. Mes amitiés respectueuses Marcus.
28 mai 2008 at 6:00
Moi aussi, j’ai donné.
28 mai 2008 at 7:14
De cet amour qui finalement ne s’achèvera jamais te reste l’incroyable énergie de la fusion de deux personnes, n’est-ce pas la seule façon de le garder intact et puissant cet amour ? Quelle chance, quelle intelligence tu as de pouvoir garder un regard attendri et sincère sur votre histoire sans l’entacher de regrets, quelle hônneteté. Ces moments là sont trop précieux dans une vie pour que bêtement notre fichue morale vienne y mettre interdits et tabous, là où il n’y a qu’amour. Marcus ta note me cueille au tout petit matin et elle me donne juste envie d’aimer.
Je t’embrasse, elles ont bien de la chance les femmes de ta vie.
28 mai 2008 at 8:34
Oûuuuuuh toi, t’es redoutable, tu sais parler au dames !
Je n’ajouterai rien d’autre qu’un sincère bravo.
Bleck
28 mai 2008 at 8:36
Première pensée : qu’en ressent Christina à lire ton billet ?
Pensée n° 2, la réponse que je me ferais : les événements qui ont précédé la rencontre avec elle (C.), les siens comme les tiens, vous ont rendu tels que vous vous êtes plu (et plus puisqu’affinités! ), ce qui n’aurait (probablement) pas eu lieu dans des circonstances différentes.
Pensée n°3 : je nous vois métal passé au feu du forgeron, tenu par des pinces entre enclume et marteau, prenant forme(s) selon les coups qui nous sont donnés, gardant l’empreinte du marteau et le feu intérieur , celui de la forge et parfois de la souffrance qui résulte de la lutte entre la “résistance” du métal et les impacts du marteau…
De quelle nature est notre métal, pur, alliage ? Qui a choisi la forge , et l’adresse du forgeron ? Qui est ce forgeron, seul, en équipe, doué ou nul ?
Car je n’ai pas les réponses, juste des hypothèses qui m’aident à vivre !
28 mai 2008 at 8:43
Tout en douceur, tout en finesse l’évocation de cette rencontre qui a changé le cours de ta vie par un beau jour du mois de mai…
28 mai 2008 at 9:50
> ASF : Merci, je suis très sensible à tes propos. Il y a de la guimauve aussi dans le cœur des hommes tu sais, même s’ils affectent trop souvent de s’en défendre. La plage est à toi.
> Elcab : C’est une chance dans la vie. Pas sûr qu’elle soit donnée à tout le monde. Et deux fois dans une vie, la mienne en l’occurrence, ça frise l’insolence.
> Marie : Merci ! Décidément, tu es toujours aussi douée pour les explications de texte.
> Bleck : Je ne sais pas. Écrire n’est pas parler.
> Gwenola : Tu rejoins mon questionnement sur le sens de la vie, nos choix, enfin ce que l’on croit tel. Dans une vie, il y a des événements fondateurs, des rencontres, des bonheurs, des peines aussi, qui nous font à avancer et qui influent sur le cours de notre existence. Cette rencontre pour moi en fait partie. Je ne veux pas répondre pour Chris même si ce que tu dis est exact. Nous évoluons au fil du temps, nous sommes aussi la résultante du cours de notre vie.
> Béatrice : Douceur, finesse… Pour l’occasion peut-être. Autrement je suis un diable.
28 mai 2008 at 11:23
Quelle magnifique et superbe déclaration d’amour…
Mais cet amour aurait-il été aussi beau s’il avait été vécu??? C’est la question que JE me pose. Au bout de quarante ans de vie commune, relativement bien réussie.
28 mai 2008 at 12:08
Bonjour Angèle et bienvenue,
C’est une question qui restera sans réponse.
Et après tout, c’est sans doute préférable.
Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude… pas vrai ?
29 mai 2008 at 10:08
“Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude”c’est si “vrai” et si peu souvent mesuré à sa juste valeur!…t’es vraiment quelqu’un de bien toi, mais je ne suis pas folle a prétendre en être certaine!…texte de la note, questionnement et ce dernier commentaire me le confirme…
29 mai 2008 at 18:09
J’ai eu cette “chance” (?) de vivre deux merveilleux amours inachevés.
Pour l’un, je ne sais pas si l’histoire aurait été plus belle en réalité que dans les souvenirs.
Pour l’autre, je ne pourrai jamais le savoir. Il a soufflé sa flamme avant.
Mais je me dis que c’est un privilège d’avoir pu vivre ces moments dont le souvenir se faufile dans le présent, sans l’alourdir de regrets, de remords.
29 mai 2008 at 18:35
> Cathiminie : Merci mais tu sais : “le texte de la note…” j’ai quelques lueurs de temps en temps. J’utilise aussi ce blog pour essayer de prendre les chemins de traverse, repousser les frontières du possible.
> Joyce : Ce sont des expériences qui n’ont pas de prix. Et au final, que reste-t-il s’il n’y a pas eu cela dans une vie ? Sans doute pas grand chose. Alors oui c’est un privilège.
29 mai 2008 at 18:38
Bonjour Marcus
Je connais bien ce sentiment d’une histoire merveilleuse et inachevée. Des milliers de km nous séparent et nous évitons de nous donner de nos nouvelles.
Mais cette seule évocation donne chaud au coeur, puisque n’en connaissant pas la fin on peut imaginer sans limite un futur qui n’existera “peut-être” jamais.
On sait que l’un pense à l’autre et que l’autre n’oublie pas non plus …
29 mai 2008 at 20:07
Pourquoi l’éviter. Marie à raison : au diable les tabous.