Né en plein baby-boom
Quand je repense à mon enfance, à mon adolescence, je me dis : quelle chance d’avoir vécu ces années soixante et soixante-dix, quel bonheur d’avoir vécu en ville, dans un quartier grouillant de gamins, d’avoir eu tant de copains, et même d’aller à l’école primaire dans des classes surchargées jamais inférieures à 35 élèves. Oui, moi, j’aimais bien.
Le baby-boom avait débuté après la Libération (c’était le nom de mon groupe scolaire) et les classes d’âge devaient rester nombreuses jusqu’au tout début des années 1970, à partir desquelles, la diminution du nombre des naissances allait commencer à s’enclencher. Oui vraiment, il y avait de la vie dans chaque quartier, dans chaque cité. La crise n’étant pas encore en vue. Il y avait du boulot et donc de l’espoir pour tout le monde. Les travailleurs trouvaient à se loger facilement en ville dans des immeubles neufs près des emplois industriels localisés en agglomération. La France construisait alors 400 000 logements sociaux par an et le dernier bidonville était résorbé en 1976. Puis la belle machine industrielle s’est grippée…
Désormais, la jeunesse urbaine est étudiante où elle n’est plus. Je force le trait, me direz-vous ? Certes, mais si peu ! Car en dehors des villes étudiantes, et hormis des quartiers prisés souvent anciens réhabilités et boboïsés, quelle tristesse bien souvent. Que s’est -il passé ?
L’emploi a régressé ou changé de nature. Les centres-villes se sont souvent dépeuplés tandis qu’un habitat péri-urbain tendait à se développer repoussant, en cercles successifs les limites de l’espace agricole. Les jeunes actifs sont allés chercher de plus en plus loin des villes, des terrains moins chers pour intégrer la France des propriétaires, ils ont ainsi profondément changé la nature même de certains villages à grand coups de lotissements consommateurs d’espace sans qu’il y ait là une réelle politique coordonnnée d’aménagement du territoire, chaque collectivité ou presque travaillant dans son coin et pour ce qui la concerne.
Ce faisant, les français, qui avaient déjà éprouvé l’exode rurale à partir de la Grande Guerre, changeaient à nouveau de mode d’existence avec ce pseudo-retour à la campagne qui devaient les contraindre à un recours déraisonnable à l’automobile avec son cortège de pollution et d’encombrements routiers.
Ce choix-là, choisi par certains au nom de la qualité de vie, a été en réalité subi par le plus grand nombre à raison de la pression immobilière. Les plus fragiles d’entre-eux le paient cash aujourd’hui à la pompe à essence.
La crise pétrolière qui s’annonce durable, l’augmentation du coût de la construction invitent à repenser ce modèle de société et notamment l’habitat individuel dispersé où la mise en place de transports collectifs est hors de portée. La ville va donc redevenir à la mode mais sans une intervention forte de la puissance publique pour assurer la régulation le marché dictera sa loi qui conduit à la ségrégation économique et sociale. La France vient d’ailleurs de se faire épingler par le Conseil de l’Europe sur la question du logement social.
L’autre solution est évidemment de rapprocher les emplois des habitats. Le concept a déjà été éprouvé avec les villes nouvelles. Le télé travail, pour les entreprises et les salariés qui le peuvent, pourrait devenir une perspective de plus en plus séduisante.
Pour en revenir au baby-boom, je ne peux m’empêcher de le mettre en perspective avec les statistiques du chômage en baisse dont le gouvernement se félicite. Il a raison, les bonnes nouvelles sont si rares.
Mais pour autant de quoi se félicite-t-il en réalité, sinon de la pyramide des âges et de la baisse structurelle des entrants sur le marché du travail en relation avec une augmentation massive et durable du nombre de départs en retraite des baby-boomers, la bombe à retardement source de toutes les préoccupations.
Promettre un objectif de plein emploi était sans doute la chose la plus tenable sur ces bases-là. Restons cependant lucides car il me semble bien que ça n’empêche pas, chaque jour qui passe, d’apprendre l’annonce de nouveaux plan sociaux liés ou pas à de nouvelles délocalisations d’emplois.
7 juin 2008 at 7:07
Je me souviens bien du temps béni “non pas des colonies” (comme dans la chanson) mais du temps béni des années 60-70. Mon papa, à l’époque travaillait chez Ricard comme directeur de fabrication. Un jour, pour cause de passation de pouvoirs entre le père et le fils, l’ensemble des cadres, pas d’accord sur le principe, ont tous démissionné en bloc. Papa est resté tout juste un mois “en vacances”. La maison Martini est venu le chercher à la maison pour lui proposer le même poste, qu’il a accepté.
Ensuite, dans les classes, oui nous étions nombreux, mais ça vivait, ça partager, ça participer. Les maitres et les parents étaient d’accord sur l’éducation qu’on nous donnait et même sur les punitions. Les quartiers étaient animés même dans les villes plus petites que Marseille…. Tout semblait rouler comme sur des roulettes.
Moi de mon temps mon brave Monsieur, tout était bien. Mise à part un climat politique, économique et social catstrophique, ne faisons nous pas un peu de nostalgie avec tout ça mais aussi un peu vieux pépé et vieille mémé? une simple question toute bête…
7 juin 2008 at 10:30
Sans doute un peu Béa. Mais après tout - privilège de l’âge - on en a bien le droit non ?
Le vrai plus de notre société actuelle, c’est l’internet il me semble. Hormis cela et quitte à passer pour un vieux schtroumph grincheux, je préférais ce temps là.
7 juin 2008 at 10:39
Bonjour,
Etant également “Baby boomer” (quel affreux nom) ta chronique m’a bien intéressé.
Je me rappelle d’un iconoclaste qui s’appelait Alfred Sauvy et qui disait des choses invraisemblables que nous vivons aujourd’hui!
Au lendemain de la guerre la France était un pays humilié avec une tendance à l’autodénigrement. Que de plaisa
7 juin 2008 at 11:03
Niveau organisation urbain en France “c’est pas si pire” (comme on dit au Québec). À Trois-Rivières, au Québec, il y a de grands quartiers résidentiels, les magasins sont loin et concentrés. Les transports urbains… presque anecdotiques. Eux, je ne sais pas ce qu’ils feraient sans la voiture !
Nous avons effectivement bâti nos villes et aires péri-urbaines en pensant que la suprématie de l’automobile serait permanente. On verra si de vrais substituts du pétrole verront le jour, mais ça n’aurait pas été du luxe de penser un peu plus loin que le bout de notre nez.
Je ne sais plus dans quelle région française peu peuplée ça se passe, mais de belles vieilles maisons sont achetées, rénovées et habitées par des anglais et les gens du coin se plaignent. Pourtant ils avaient, eux, l’occasion depuis longtemps d’acheter et de rénover ces maisons sans se ruiner, mais ils ont préféré les lotissements… :/
«Les maitres et les parents étaient d’accord sur l’éducation qu’on nous donnait et même sur les punitions.»
lol
C’est sûr qu’aujourd’hui, un élève est intouchable. Je n’ai pas encore compris ces parents qui allaient engueuler les profs (même si parfois il y a des raisons valables). Pour le retour de la baguette !?
Je n’ai pas vécu votre époque, mais je pense qu’il y a effectivement de la nostalgie. L’humain est fait comme ça. En ex-RDA il y a un fort courant nostalgique… mais les gens oublient la Stasi, les ruptures de stock, etc. En fait, je pense qu’on ne sera jamais heureux “de notre présent”. Hier c’était toujours mieux.
Peut-être ne nommes-nous tout simplement pas fait pour vivre de tels changements !?
7 juin 2008 at 11:44
Belle Analyse Xavier.
Je crois personnellement dans le moteur à air comprimé développé par Guy Nègre avec sa société MDI dont nos constructeurs n’ont pas voulu et dont les brevets partent en inde avec le groupe TATA.
Reportage - moteur air comprimé
envoyé par xari
En France, on a pas de pétrole, on a des idées et on laisse les autres nous les piquer.
7 juin 2008 at 13:39
Je continue..
Que de plaisanteries sur la fusée véronique dans le canard enchaîné! Un peu moins pour le satellite diamant et plus du tout pour Ariane 5.
Donc du côté positif la France s’est replacé sans trop de complexe en Europe, mais devrait faire attention à ne pas verser à l’inverse dans l’arrogance.
J’ai bien aimé aussi être dans une génération nombreuse qui fait bouger et avancer les choses.
Pour la Bretagne je me souviens que notre seule perspective dans une région, considérée ailleurs comme arriérée, avec des plaisanteries douteuse dans les média (en 1973 j’avais relevé trois films passant en même temps et qui donnaient de la Bretagne une image caricaturale), de s’exiler pour vivre.
Aujourd’hui mes enfants ne veulent plus quitter leur région, la Bretagne a une tout autre image et ma petite commune qui avait perdu les 3/4 de sa population entre 1914 et 199O en regagne aujourd’hui.
J’ajoute que je vais y prendre ma retraite!