Maman aurait pu être chanteuse, actrice…
Ou quelque chose de ce genre.
A l’hiver 1941, à 19 ans, Micheline avait même gagné un concours de chant organisé par Filmagazine.
Elle devait monter à Paris, auditionner et puis voilà…
Elle a rencontré papa !
Ma sœur Michèle est venue, la guerre a passé avec ses aventures rocambolesques, dangereuses. Puis mon frère Jean-Pierre est arrivé et enfin moi, beaucoup plus tard… car la pillule n’existait pas comme le chantait Nicolas Peyrac.
Ses rêves de jeune fille se sont dissipés, brisés sur les dures réalités de l’existence au profit d’autres plus modestes, mais pas forcément moins nobles : traverser cette sombre période de l’histoire, fonder une famille, se débrouiller avec les restrictions, se démener pour notre éducation, avoir sa première machine à laver, le chauffage central enfin, une salle de bain décente, voir passer (surtout passer) les trente glorieuses…
Mais pour Micheline, femme au foyer, toujours au service de son mari, de ses enfants, ont-elles vraiment été si glorieuses, toutes ces années ?
Je crois bien que oui finalement, dans l’unité de sa famille et l’amour de son mari, de ses enfants.
Le temps a passé, les enfants ont grandis, puis sont partis… Voir venir à son tour ses petits enfants, ses arrières petits-enfants… Vieillir.
Micheline disait toujours : “chez moi, c’est là où se trouvent mon mari et mes enfants.” Je ne connais pas plus belle définition du foyer.
Parce qu’il n’y a désormais pas d’autre solution lorsque l’on rentre en dépendance, son “chez elle” -qui ne l’est pas vraiment et qui ne le sera probablement jamais- c’est désormais une petite et coquette maison de retraite, ici sur l’île de Ré. Elle est située à quelques coups de pédale de chez Michèle qui lui rend visite pratiquement chaque jour. Elle se trouve à quelques kilomètres à peine de chez moi.
J’avais demandé à Michèle de voir, à l’occasion d’un passage avec maman dans la maison des parents, si elle pouvait essayer de retrouver avec elle ce vieux Filmagazine de 1941 sur lequel maman était en photo.
La mémoire est parfois surprenante.
Maman n’a pas hésité un instant en indiquant l’endroit précis où, délicatement pliée dans une pochette et précieusement conservée, se trouvait cette vieille revue cinématographique jaunie par le temps, ultime fragment de son rêve brisé de gloire et de célébrité.


Remarquez, comme je lui ai dit un jour sans grande délicatesse : commencer une carrière sous l’occupation, ce n’était probablement pas la meilleure chose à faire.
A dire vrai, ce n’était pas très intelligent comme réflexion, d’autres ont bien réussi malgré tout. Allez Maman, je vais essayer de me faire pardonner, grâce à l’internet, tu vas l’avoir ton heure de gloire.
Et vous autres, retenez bien son prénom : Elle s’appelle Micheline !
17 juin 2008 at 6:54
Très émouvant et très bel article sur Micheline… sur ta maman, qui a défaut d’être devenue une star du monde de la chanson et devenue plus surement une star de vos coeurs…
17 juin 2008 at 9:34
C’est la dame qui a la plus grande photo sur le papier ??? chapeau….. c’était sûrement la meilleure chanteuse…. vu la taille des autres photos….
)
C’est touchant ce papier……
bonne journée…
17 juin 2008 at 10:21
bel hommage…le gout du chant et de la scène s’est il transmis?
17 juin 2008 at 11:00
> Merci Béatrice. Tu l’as dit, elle est numéro 1 au hit-parade dans nos cœurs.
> Romy : Oui, c’est elle en effet, Et c’est elle aussi sur cette photo du début de l’été 1945 :
> Cathiminie : le goût du chant, de la scène ? Pas à la première génération toujours.
-où belle-maman (86 ans) et beau-papa (82 ans) font toujours partie d’une chorale.
Mais pour mes filles oui. Cela dit ça chante aussi pas mal de l’autre côté - chez ma pièce rapportée
17 juin 2008 at 15:11
J’aime bien quand un coeur parle.
17 juin 2008 at 15:46
La jeunesse de ce visage avec déjà un enfant ds les bras…elle est très jolie.
17 juin 2008 at 15:46
Trés, trés chouette billet, vraiment.
Over the rainbow…
Bleck
17 juin 2008 at 16:06
Tu m’enerves, Marcus!
Tu parles filles qui se promenent, foot, non irlandais, bac, routes tu ris et nous fais rire, et puis… paf ! un billet qui nous emeut aux larmes. Tu es un vrai salaud, de nous surprendre comme ca, tu sais…?!
Oui, j’ai beaucoup aimé la tendresse de ce billet, je trouve ta maman formidable, formidable d’avoir su renoncer à ses rêves de belle jeune femme pour vous consacrer sa vie, à vous. On a l’impression , en te lisant, que son rêve, finalement, c’est un peu vous. C’est beau, c’est merveilleusement genereux et moi -et je sais de quoi je parle..!- je lui dis : “chapeau Madame” ! et j’utilise bien la majuscule !
ps la tendresse du fils est belle aussi…
17 juin 2008 at 16:31
Micheline ? le nom de ta mère ? ma soeur s’appelle comme ça, je deteste ce nom, et en deuxième Zoè, nos parents l’ont gâté… pas sur son caractère, j’espère pour toi que ta mère lui ressemble pas.
17 juin 2008 at 18:48
> Gwenola, Merci, moi aussi
> Tifenn : Merci pour elle, Maman à 21 ans, ce n’était pas si jeune pour l’époque et sans doute plus fréquent qu’aujourd’hui.
>Bleck : Merci. Sinatra est son chanteur préféré.
> Ecaterina : Promis, je ne le fais pas exprès.
Elle nous a consacré sa vie avec un dévouement et une générosité extrême, c’est rien de le dire. Et tu vois, je ne sais pas si ça influence la façon de voir les choses, mais je crois bien que mes filles et moi, nous avons un peu la même à la maison.
> Annie : Pire que toi ? Vraiment
Je ne crois guère à l’influence des prénoms. Tu viens d’en administrer la preuve. Tiens, par exemple, j’ai une cousine qui se prénomme Annie et qui est charmante en toutes circonstances.
18 juin 2008 at 13:29
Chapeau à ta Maman, et chapeau aussi à toutes les femmes qui ont élevé des enfants pendant la guerre. Ma Belle-Mère avait 9 enfants à la déclaration de guerre et 12 à la fin.J’ai souvent pensé à elle qui n’avait rien pour les nourrir ou si peu, en voyant mes oados s’envoyer un pain entier en sandwich, une heure avant de passer à table ! Leur abnegation, leur sens pratique, et leur débrouillardise en font de Grandes Dames
Ps j’aime tes billets , Marcus !
18 juin 2008 at 19:53
> Beasoub : Merci c’est très gentil.
C’est vrai, les femmes, dans les coups durs, heureusement qu’elles sont là aussi.
19 juin 2008 at 20:16
Bien évidemment, ta maman ne pouvait pas oublier ou elle avait, avec précaution, rangé ce merveilleux souvenir, et il est fort possible qu’elle le déplie de temps à autre en songeant à ces instants magiques.
Mais plus fort que tout cela, il y a eu la rencontre avec un homme, il y eut cette petite famille. Les femmes se sacrifient avec amour et rien n’est plus important à leurs yeux que la chaleur et le bien-être du nid.
Elle mérite de gros bisous
20 juin 2008 at 9:16
C’est beau… et elle est belle.
20 juin 2008 at 10:07
> Fanzesca : “Elle ne pouvait pas oublier”… Tu as sans doute raison, j’aimerais bien que ce soit ça mais ce n’est pas si simple, c’est plus compliqué. Les méandres de la mémoire nous surprennent.
>Merci Joyce.